Outremeuse: 13 août pour petits et grands

Si les festivités du 15 août en Outremeuse ont commencé le week-end précédent et ont connu des activités le lundi 12, c’est le 13 que débute le cœur des fêtes.

A partir de 18h, sur le parking de la piscine, la célébration de « Saint Måcrâwe » réunis les enfants du quartier (et d’ailleurs). La tradition est ancienne mais est revenue dans les rues en 2001. Tchantchès lui même, alors enfant, y avait participé effaçant ainsi les premières malchances de sa vie.

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D’après la tradition locale, Tchantchès est né à Liège, de façon miraculeuse, le 25 août 760 : il vint au monde entre deux pavés du quartier, en l’actuelle rue Roture. Les braves gens qui le trouvèrent furent merveilleusement étonnés de l’entendre chanter, dès son entrée dans la vie: « Allons, la mère Gaspard, encore un verre !« . C’était un bébé joufflu, goulu, riant sans cesse; toutefois, il boudait à la seule vue de l’eau; pour le rendre tout à fait aimable, son père adoptif lui faisait sucer un biscuit trempé dans du pékèt.
Sa première malchance vint justement de son père adoptif qui le sevra avec un hareng saur et son pupille en contracta, pour le restant de ses jours, une soif inextinguible que le pékèt pouvait un peu calmer.
Ensuite, à sa cérémonie de baptême, la sage-femme lui cogna si malencontreusement le nez sur le bord des fonts sacrés que l’appendice nasal du pauvre enfant se mit à s’allonger démesurément et le faciès de l’innocente victime en devint ridicule au point qu’il servit de modèle pour les masques de carnaval.
Plus tard, atteint de la rougeole, il dut, pour se guérir, avaler de l’eau ferrugineuse. Sa mère en fabriqua en mettant macérer un morceau de fer à cheval dans de l’eau. Assoiffé, l’enfant avala le tout et le fer se cala si malencontreusement dans son gosier qu’on ne put le retirer. Dès lors, il ne sut plus tourner la tête que de gauche à droite et de droite à gauche, il dut désormais se mettre à plat ventre pour fixer le sol et sur le dos pour regarder en l’air.
A cause de son pif cyranesque, Tchantchès hésita d’abord à sortir de chez lui, mais bientôt, son instinct de liberté lui fit affronter la foule et il s’offrit à faire Saint Måcrâwe, c’est-à-dire, à être porté tout barbouillé de noir de suie sur une chaise à porteurs soutenue et escortée par tous les gens du quartier. Cet événement mémorable eut lieu la veille de l’assomption de l’an 770. Il connut le grand triomphe et s’aperçut bientôt que la laideur, accompagnée de l’esprit et de bonté d’âme, sait se faire aimer. Depuis ce jour, il fut sacré « Prince di Dju d’la Mouse » [1].

Au delà de la légende, il semble que ce n’est que vers 1900 que les enfants se sont appropriés ce qui était, au départ, un rituel processionnel. Les petites filles se déguisaient en gardiennes de potales [2], dressant de petits autels pour collecter quelques sous, tandis que les petits garçons paradaient en réclamant des pièces « po l’åté d’sint Måcrâwe » (pour l’autel de saint Måcrâwe). Les passants n’étaient pas dupes et répliquaient souvent « Awè, po l’åté dè gozî ! » (oui, pour l’autel du gosier !).

De nos jours, tout commence par des jeux traditionnels qui amusent les enfants autant, sinon plus, que les jeux vidéos (et c’est un geek qui l’écrit!). Pendant ces jeux populaires, les jeunes peuvent se faire grimer par les élèves de l’école de coiffure Pitteurs.

Jeu ski

A 20h, débute le cortège aux lampions réunissant les enfants et les plus grands. Animé par une fanfare, il est ouvert par un âne que monte enfant au visage noirci, tel Tchantchès avant lui!

Macrawe

Une fois le cortège parti, c’est la Commune Libre de Roture qui prend le relais sur le podium de la piscine. La rue Roture [3] relie la rue Jean d’Outremeuse (au niveau de la piscine) à la rue Puit-en-Sock (à la Cage aux Lions [4]) et possède depuis environs 35 ans le statut de Commune Libre.
Sur le podium donc, a lieu le chapitre d’intronisations de citoyens d’honneur entre pékèts et bouquettes [5]. Chaque année, des personnalités liégeoises ou attachées à Liège reçoivent le titre et la clef qui l’accompagne. Cette clef est portée fièrement autour du cou.
intronisation roture

Débute ensuite une autre cérémonie bien particulière en Roture même. Les mariages express, reconnaissance des applaqués [5], mariages et concubinages sont prononcés, dans la bonne humeur, par l’Echevin de l’Etat civil de Roture (remplacé cette année par l’Echevinne de la Condition féminine).
Les couples se présentent en ligne et les mariages s’enchainent. Paiement de la taxes d’usage, lecture des droits et devoirs (citons l’obligation de se connaitre plus ou moins ou encore de s’offrir mutuellement et au moins quatre fois par an du pékèt et des bouquettes), le mariage, valable pour un an renouvelable… ou pas et uniquement sur le territoire de Roture, est célébré entre personnes n’ayant pas l’obligation de vivre ensemble et pouvant être de même sexe. Après un verre de pékèt, les époux signent le livre des mariages et reçoivent ensuite un certificat dont je vous copie ici le texte:
Commune Libre de Roture. En cet an de garce (sic) 2013. Après avoir donné connaissance des droits et devoirs des époux, des « applaqués » et des trios reconnus comme inscrit dans le Code Civil de la Commune Libre de Roture concernant les époux et concubins… Déclament (nom) et (nom) marié(e)s, reconnu(e)s concubin(e)s ou en union à trois en leur risque et péril, ce 13 août.
Mariage Roture

Et comme tout bon mariage, la fête se prolonge au long de la nuit grâce à la musique et aux échoppes de Roture!

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Notes:
[1] Dju d’la Mouse ou Djud’la: Littéralement, « en-dessous de la Meuse » désigne le quartier au-delà de la Meuse, outre la Meuse… Outremeuse!
[2] Potale: Il s’agit de niche accueillant des statuettes protectrices (le plus souvent en Outremeuse, Sainte Marie)
[3] qui, d’après wikipédia, tire son nom du bas latin via rupta, c’est-à-dire route rendue praticable par l’enlèvement d’obstacles, et non du fait que cette rue aurait été habitée par des roturiers
[4] La Cage aux Lions: Il s’agit de deux grilles formant une chicane à la sortie de la rue Roture sur la rue Puit-en-Sock, placée là suite à un accident, les grilles sont retirées pour les fêtes du 15 août pour les même raisons de sécurité en raison de la foule.
[5] Applaqués: Vient de « plaquer » (coller, mis ensemble), désigne les personnes vivant ensembles en dehors du mariage « dans le péché »

Pour en savoir plus:
Site du Musée Tchantchès

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