Afterwork du MR-Liège « Un avenir radieux pour le Carré? »

Ce jeudi 19 septembre, j’ai eu le plaisir d’assister à l’afterwork du MR-Liège « un avenir radieux pour le Carré ? » en leurs locaux de Vinave-d-île.

Pour la petite histoire, rien que la salle Jean Gol méritait le détour pour assister à cette réflexion ouverte à tous. D’une soixantaine de participants confirmés sur Facebook, j’en ai dénombré une cinquantaine présents, en dehors des intervenants et modérateurs. Beaucoup et peu à la fois (la faute au match du Standard de Liège?). Certes, plusieurs conseillers communaux et provinciaux ainsi que des sympathisants du MR étaient là mais aussi quelques autres personnes intéressées par la problématique. En particuliers, on notera la présence de conseiller communal Ecolo, Quentin le Bussy.

Annoncé à 18h30, l’afterwork débuta avec seulement 10 petites minutes de retard par un mot d’ouverture de Michel Péters, conseiller communal MR et modérateur, qui insista sur « l’esprit liégeois unique au monde » et présenta les différents intervenants.

Le premier à prendre la parole fut le représentant de la Police de Liège, Frédérique LAMBINON, inspecteur principal.

Il nous expliqua le fonctionnement des patrouilles dans le Carré et en particuliers les jeudis, vendredis et samedis de 22h à 7h où celle-ci sont renforcées et appuyées par un centre de gestion.
Les types d’intervention de la police représentent un panel complet allant du simple contrôle d’identité à des violences graves en passant par les faits de drogues et beaucoup trop d’autres. Le P.A.B. (Peloton Anti-Banditisme) fait d’ailleurs partie des unités intervenantes sur place.
Durant la journée, un plan d’action spécifique, « Respect 16 », est mené par des unités en civil dans le but de surveiller les plus jeunes qui brossent les cours et/ou consomment de l’alcool.
La police note que la gravité des faits augmente vers 2-3h et s’inquiète aussi du phénomène de « proie », des personnes sous influence d’alcool, qui se font plus facilement volées ou agressées (y compris sexuellement).
Avec un coût de 500.000 euro/an, les policiers estiment être arrivés au bout de leur possibilité : les contrôles administratifs par exemple, prennent beaucoup de temps et les inspecteurs effectuant ces démarches ne sont plus sur le terrain.
L’inspecteur principal reconnait que le seuil de tolérance au sein du Carré est plus élevé et adapté aux circonstances.
Pour le futur, la police continuera des formations adaptées pour les inspecteurs opérant dans le Carré. L’inspecteur Lambinon nous informa aussi que des modifications au niveau légal sont en cours d’études.

Toujours sur le thème de la sécurité est intervenu ensuite Antoine BINI, connu comme patron de la Cour Saint-Jean, il est détenteur d’une autorisation d’organiser un service interne de gardiennage.

De façon globale, Monsieur Bini a reconnu que les faits de violence sont en augmentation. Le recours à la violence est toujours plus rapide et avec plus de force qu’auparavant, raison pour laquelle de nombreux cafés du Carré ont désormais des « portiers ». Il note que ces phénomènes ne sont pas propres au Carré mais reposent sur un véritable problème d’éducation. La densité de population au m2 dans le quartier expliquant aussi l’augmentation des infractions en comparaison à d’autres lieux.
L’estimation du coût, dans le Carré, de la sécurité privée est de 858.000 euro/an hors coût du matériel de surveillance vidéo.
La loi sur la sécurité privée qui limite fortement l’action des agents de gardiennage qui, au final, peuvent moins intervenir que ne le pourrait un citoyen lambda pose pour lui un problème. La situation des terrasses pour l’intervention des « portiers », par exemple, manque de clarté (d’autant que la Ville mène actuellement une « chasse aux terrasses »).
Ce manque de possibilité d’action laisse, selon lui, un évident sentiment d’impunité d’autant que les poursuites au niveau judiciaire n’ont pas toujours lieu mais il se félicite de la collaboration avec la police (qui pourrait encore être améliorée).
Ses demandes portent avant tout sur la prévention.

Pour parler de l’aspect économique, Valérie SARETTO, secrétaire générale de l’UCM Province de Liège, prit la parole.

Son premier constat, Madame Saretto le fera en tant que maman, remarquant que la fête se fait de plus en plus tard et que la violence y est toujours plus présente.
Pour l’UCM, le secteur HORECA en général, et dans le Carré en particulier, est important, tant économiquement que pour l’emploi.
Elle regrette cependant la responsabilité qui pèse sur les commerçants de vérifier l’âge légal pour la consommation de boissons alcoolisées en s’interrogeant sur les réelles possibilités de contrôle au quotidien (un « grand » pouvant acheter un alcool qu’un « petit » consommera).
L’UCM souhaite que ne soit pas exclus de la réflexion les autres commerces présents dans le Carré.
Comme l’un des principaux problèmes semble provenir de « Night Shop » / « DVD Shop », elle regrette le manque de contrôle du SPF Économie envers ceux-ci, particulièrement concernant le jour de fermeture et les ventes/locations réelles de DVD qu’ils effectuent.
Sur ce point, elle pense que des règlements communaux pourraient aider en influençant les lieux d’ouverture de ce type de commerce, utile pour dépanner les gens mais n’ayant rien à faire dans un quartier avec si peu d’habitants.

Les deux représentants des cafetiers continuèrent la discutions avec la voix de Christophe LECRENIER, patron de l’Embuscade (et du Huggy’s bar).

En premier, il regrette que la mauvaise réputation du Carré fait que certaines personnes ne souhaitent plus y venir.
Comme Antoine Bini précédemment, il regrette l’impunité et les formules « pourquoi porter plainte, demain il est dehors ».
Il fait noter que la loi sur l’usage de la cigarette a changé la donne, plus de personnes se trouvant à l’extérieur des établissements. Les clients fumeurs et en terrasse sont mêlés avec ceux qui se rendent dans le Carré pour consommer un alcool peu cher provenant des « Night/DVD shop » ou avec de réelles intentions de nuire.
De son point de vue, il n’est pas contre la présence de « Night/DVD shop » pouvant fournir cigarettes ou chips pendant la nuit mais regrette la concurrence déloyale que ceux-ci représentent en ce qui concernant la vente d’alcool.
Il souhaiterait d’ailleurs que l’on applique strictement le cadre légale actuel (l’interdiction de consommer de l’alcool en rue).

Reprenant sa casquette de patron de café, Antoine BINI apporta encore un bref éclairage.

Il note que la propreté, le respect et la sécurité sont liés. A ce sujet des discutions, pas toujours faciles, ont eut lieu avec la Ville pour, par exemple, l’entretien des rues et le rejointoyage des pavés.
A propos d’un horaire de fermeture à 3h imposé aux cafés, il nous affirme que, si c’est le cas, dans les 2 mois, son commerce sera fermé.

Le premier intervenant « santé » est le Docteur Philippe DEVOS, anesthésiste-réanimateur au CHC.

Également ancien président de comité de baptême estudiantin, sa présentation sur les dangers de l’alcool sert désormais à informer les nouveaux présidents afin de diminuer les risques lié à l’abus d’alcool.
Le phénomène de « Binge drinking » ou « biture expresse », dont on parle beaucoup, est scientifiquement définie comme boire 5 verres d’alcool en 2h (4 pour les femmes, 1 verre de 25cl de bière, par exemple).
La dangerosité de l’alcool vient du fait qu’il touche tout le système nerveux et, en moyenne, 1,5g/l suffit à modifier fortement le comportement d’un individu (même si ce taux peut varier en fonction de l’inné et de l’acquis). L’alcool augmente les risques d’accident (chute, voiture,…), de comportements dangereux (défis, sexe non protégé,…) et peut devenir létal, pour certaine personne, dès 3,5g/l !
Si le délai entre l’ingestion et les effets monte parfois à 90 minutes, l’alcool est éliminé lentement par notre corps, au rythme d’environ 1 bière/heure, selon les individus.
Ces taux et durées lui font d’ailleurs dire que fermer les cafés à 3h ne changeraient rien, si la consommation d’alcool commence plus tôt, les problèmes se poseront plus tôt.
Des chiffres qui font peurs :
– 10% des décès pour les 18-25 est dus à l’alcool (directement ou indirectement) ;
– 5 à 10% des hommes (3 à 5 pour les femmes) souffrent d’alcoolisme chronique ;
– En Grande-Bretagne, l’alcoolisme chronique a augmenté de 200% chez les 18-24 et de 300% chez les… 65-75 ans !
– Le risque de devenir alcoolique est multiplié par 19 (1900%) si l’on consomme de l’alcool entre 13 et 15 ans, comparativement, il n’est que de 14% pour les 17-22.
Ces derniers chiffres font dire au Docteur Devos qu’il faut lutter contre la consommation d’alcool chez les moins de 16 ans.
Le Carré, nous explique-t-il, n’est que la pointe de l’iceberg concernant cette consommation, comparé à ce que l’on peut consommer chez soi, en kot, etc.
En regard des différents facteurs de risque, il insiste sur l’éducation de la famille (ne pas boire devant ses enfants, les conflits familiaux souvent source d’alcoolisme,…).
Selon les chiffres du CDC (Centers for Disease Control and Prevention, aux Etats-Unis), diminuer les points de vente d’alcool à bas prix baisse la consommation d’alcool.

Dernier intervenant, Monsieur Frédérique GUSTIN, Président et Coordinateur du Réseau liégeois d’aide et de soins en assuétudes.

Dans la lutte contre les assuétudes, il existe 4 piliers : la prévention, la réduction du risque, l’aide / le soin et la répression / police, les deux premiers étant les laissé pour compte en regard des deux autres. La prévention représente seulement 2% du budget de ces piliers.
Bien évidement la politique « du gros doigt » pour des adolescents est inutile, il faut développer d’autres pistes et innover.
Dans le cadre de la réduction du risque, le projet « Quality Night » a été créé. Grâce à des subsides provinciaux (via Madame Firquet, MR), des cafés du Carré (la Cour Saint-Jean, le Déluge et l’Orange Grivrée) ainsi que le Cadran (dont le Studio 22) sont associés à ce projet au départ créé pour les discothèques et festivals. Selon les budgets (ceux-ci manquant), d’autres établissements pourront recevoir ce label dont les différents axes sont :
– De l’eau gratuite (pour éviter la déshydratation due à l’alcool)
– Des préservatifs gratuits ou à prix modique
– Des bouchons d’oreilles gratuits ou à prix modique
– La mise à disposition de brochures d’information sur la santé
– Des alertes rapides diffusées lorsqu’on constate la circulation de produits psychotropes particulièrement dangereux
– La formation d’au moins 50% du personnel en matière de premiers secours, de gestion de conflits et d’information sur les produits psychoactif légaux ou non.

Sébastien BOVY, modérateur et conseiller communal MR, remercia les intervenants qui ont démontré par leurs explications combien la sécurité est un problème large duquel il ne faut pas exclure, tout en le différenciant, le sentiment d’insécurité. Il annonce que le MR va faire des propositions en étudiant plusieurs pistes (caméra, sécurité, prévention, tolérance 0 pour les -16 ans, subvention pour les établissements « Quality Night »,…)

La place fut laissée à quelques questions. La première de Monsieur Bovy à l’attention du représentant de la police pour savoir quel était pour eux le point le plus urgent. Ce à quoi l’inspecteur principal répondit que la prévention devait être une priorité, il confirma d’ailleurs à Monsieur Péters qu’une démarche dans les écoles, si elle était possible, serait une bonne chose.
Le conseiller communal MR Raphaël Miklatzki demanda s’il existait des chiffres précis sur l’âge des personnes causant des troubles dans le Carré puisque le suivit judiciaire d’une personne mineure ou majeure n’est pas le même. Malheureusement, l’inspecteur principal ne possédait pas ce genre de chiffre.
Suite à une expérience personnelle, la conseillère communal MR Diana Nikolic interrogea sur la possibilité de la création d’une zone de collaboration privilégiée entre les agents de sécurité privée et la police.
Dans le publique, on s’inquiéta de la façon dont était contrôlé les « Night / DVD shop ».
Revenant sur l’heure de fermeture des cafés à 3h, le publique interpella sur la méthode d’évacuation du Carré, expliquant également que « si certains rentrent à 6h du matin, c’est aussi parce qu’ils attendent le premier bus » et un autre participant d’expliquer que le prix d’un taxi pour rentrer chez lui, la nuit, est d’environ 50 euro.
Le docteur Devos rappela le rôle touristique du Carré (certains étudiants Erasmus choisissent Liège pour son Carré) et de comparer avec l’Irlande où l’interdiction totale de boire en rue est respectée au point tel de se voir refuser l’accès à certains établissements si l’on enfreint la règle.
L’une des dernières interventions/questions fut celle du conseiller communal Ecolo, Quentin le Bussy, qui, après avoir salué l’organisation du MR, reconnu l’importance de la problématique de mobilité durant la nuit. Il soutînt l’initiative du label « Quality Night ». Il souhaita également qu’on pense aux habitants du Carré et de ses alentours, principalement dans une vision d’avenir globale. Rappelant être lui-même commerçant, il s’inquiéta particulièrement du problème de distorsion de concurrence posé par les « Night / DVD shop » (taxes, accises, …).

Par une brève déclaration de Michel Péters, l’afterwork se clôtura vers 20h40 et nous fûmes conviés par les Jeunes MR à prendre le verre de l’amitié à la Cour Saint-Jean… dans le Carré !

Je vous invite à lire mon article sur le sujet « Carré: un avenir meilleur est possible! »

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Une réflexion sur “Afterwork du MR-Liège « Un avenir radieux pour le Carré? »

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