Pourquoi je n’ai pas manifesté le 6 novembre

et pourquoi je le regrette aussi…

 

6 novembre 2014 : jour de manifestation nationale en Belgique. Impossible pour chaque personne y vivant de l’ignorer.

Selon les chiffres entendus jusqu’ici, environs 100.000 manifestants sont, selon l’expression, montés à la capitale pour défiler à l’appel des syndicats. D’autres ont simplement choisis de rester chez eux plutôt que de se rendre au travil. D’autres encore refusent de participer à ce mouvement.

Je fais partie de ceux qui ont décidé de ne pas défiler sous les couleurs d’un syndicat pour m’opposer à l’action (ou aux prévisions d’actions) du nouveau gouvernement.

Pourtant, les annonces concernant ces futures actions gouvernementales m’inquiètent aussi. Sur de nombreux points. Malgré cela, je refuse que mon image, si petite et individuelle soit-elle, soit utilisée et détournée par les syndicats.

Car syndicats, sachez que si j’ai des craintes pour l’avenir avec ce gouvernement, j’ai de nombreux griefs sur vous depuis que je travaille !
Permettez-moi donc, syndicats, de vous appeler simplement « Syndicat » et de vous parler comme à un camarade…

Tu te souviens, Syndicat, quand je suis venu m’inscrire chez toi ? J’avais 18 ans, je sortais à peine du secondaire. Je me suis retrouvé plongé sans accompagnement dans les méandres de ton administration. Difficile pour moi de comprendre à l’époque ce que tu attendais vraiment de moi. Je sortais d’années d’école rendues difficiles par de nombreuses grèves. J’avais une image de toi différente. Une image forte, celle de mon grand-père pendant les grèves de ’60, celle de « Germinal » (le livre hein, pas le film avec Renaud !). Une image fausse, tu n’es qu’une grosse administration, sans aucune humanité, nous ne sommes là que pour compléter des fiches et payer des primes.
Bon, à l’époque, tu m’étais utile. Tu m’envoyais même un petit journal sympathique, avec quelques informations pratiques. Bizarrement, aujourd’hui encore je reçois ce journal… qui n’a plus rien avoir avec le secteur où je travaille désormais. Tu ne sembles pas avoir suivi mon parcours professionnel !

A 21 ans, j’ai commencé ma carrière active. Tu m’as clairement dit, Syndicat, que vu la petite structure dans laquelle je me trouvais, tu ne pourrais pas grand-chose pour moi. Heureusement, j’y étais bien. Et toi aussi, puisque je payais mes primes.

La vie a guidé mes pas dans un autre pays. Nous nous sommes donc quitté. Quelques années. Quand je suis revenu en Belgique, je n’avais pas d’emploi. Il ne m’a fallu que 3 semaines pour en trouver un et, entre temps, nous nous sommes retrouvé.
Tu te souviens de ce que tu m’avais demandé à l’époque ? Tous ces papiers que tu m’as à nouveau réclamés. Un venant du pays où je vivais dont tu m’as dit qu’il serait considéré comme faux puisque émis par l’Italie (Bonjour l’Europe !).
Un autre de mon ancien employeur belge que j’avais quitté 5 ans plus tôt. Un papier que j’ai pu obtenir après maintes difficultés que je t’ai remis en te demandant si tout était en ordre… et pour lequel tu m’as écrit, une semaine après, en me disant qu’il manquait une signature ! Quand je t’ai demandé ce que je devais faire : tu m’as dit de passer dans tes bureaux pour le signer. Je t’ai expliqué que je travaillais sur Bruxelles et que je ne savais pas venir en semaine durant tes heures de bureau, tu as pourtant refusé de me renvoyer le papier. Étrangement, quelques mois après, j’ai reçu mes 3 semaines de chômage, jusque-là bloqués par ce papier non signé et que je n’ai jamais signé. Tu n’as jamais su ou voulu m’expliquer pourquoi la situation avait « miraculeusement changé ».

Tu te souviens quand j’ai commencé à travailler pour l’un des plus gros employeurs de Belgique ? Je pensais vraiment que tu viendrais me voir, me parler, m’expliquer qui tu étais, à quoi tu servais, que tu m’aurais présenté ton représentant (Plus tard, je t’ai même demandé qui était ce représentant, je ne l’ai jamais su car visiblement tu as du mal à communiquer avec tes voisins du Nord !). Mais non rien de tout ça. Aucun signe de toi.
Pas plus lors d’une grève nationale. Pas plus lorsqu’une collègue fut évincée parce qu’elle avait un cancer. Pas plus lorsque l’employeur voulu modifier nos statuts. Mais bon, tu étais content. Tu recevais mes primes.

Et ce jour où je suis venu frapper à ta porte, Syndicat, tu t’en souviens ? J’étais tombé gravement malade. Mon employeur refusait de compléter les documents pour la mutuelle, du coup je ne touchais plus ni salaire, ni indemnité. J’étais perdu, sans rien. Au bout du rouleau. Tu te souviens de ce que tu m’as répondu à ce grand moment de désespoir où j’avais finalement besoin de ton aide ?
Si tu as oublié Syndicat, je te le rappelle : « Monsieur, vous n’avez pas payé votre dernière prime : vous devez d’abord la payer avant de pouvoir parler à un de nos juristes » !!!
Comment as-tu osé ? Comment as-tu pu oublier les années de primes versées, comment toi, qui devrait défendre les plus faibles, qui parle toujours de solidarité as-tu pu me recevoir ainsi ? N’as-tu pas honte ?

Alors arrivé là, tu comprendras Syndicat que notre relation en est à un très mauvais point. Pourtant, je suis revenu vers toi, dernièrement.
Du coup, pour cette manifestation nationale, j’aurai espéré un petit mot de toi. Savoir exactement ce que tu voulais, ou non. Ce que tu attendais. Ce que tu demandais au gouvernement. Oui, un mot personnel, avec « Cher Camarade » et finissant par « en espérant te voir » mais encore une fois, tu m’as terriblement déçu !

Pourtant, je pense que cette manifestation nationale aurait pu être une bonne chose. Une bonne chose si tu ne t’opposais pas aux patrons.
Sais-tu, Syndicat, que ces patrons, qui sont aussi à la base d’une grande part des emplois, vont également souffrir de certaines mesures du gouvernement comme celle, par exemple, menant à 2 mois de salaire garanti en cas de maladie ? Ils auraient eu leur place à tes côtés. Comme les indépendants, comme les chercheurs et tant d’autres. Quel regret de ne pas s’être retrouvé tous ensemble ce dimanche à défiler ! (Ben oui, une manifestation un dimanche gagnerait encore en crédibilité) à défiler !

En plus, pendant que je t’écris ces mots, je vois les photos de voitures retournées, d’une moto de police brulée, de barricades et d’autres dégâts dont certains manifestants sont responsables.

Alors Syndicat saches que pour ceci, comme pour un ministre aux attitudes et réflexions fascistes, pour moi, il n’y a qu’un seul message : Not in my name !

Voilà pourquoi je n’ai pas défilé ce 6 novembre, Camarade: la solidarité et le respect ne sont pas que des slogans.

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